C'est pour observer les modifications de la faune et la flore du Groenland qu'une expédition dirigée par Luc Hardy (photo) a pris le chemin du pôle nord cet été. © Greenland Sagax 2007 |
Bientôt la mer libre du pôle… [Fr]
Cécile Bredelet
Planète Urgence (France)
Le 30-07-2007 (Publié sur internet le 31-07-2007)
489 mots
L'idée d’une mer libre de glace au pôle nord a longtemps fait rêver les explorateurs. Mais la ''mer libre du pôle'' n'est qu'une légende. Au début du XXe siècle, plusieurs expéditions apportent la preuve que le point le plus au nord du Globe est situé sur la banquise gelée. Du moins pour l'instant…
Avec le réchauffement climatique, la légende pourrait bientôt devenir réalité. Chaque année, la calotte de glace qui recouvre le Groenland et l'océan arctique fond un peu plus, entraînant des modifications de la faune et la flore.
C'est pour les observer qu'une expédition dirigée par Luc Hardy a pris le chemin du pôle nord cet été. Accompagné de quatre enfants âgés de 4 à 16 ans, témoins des générations futures, ainsi que d'une poignée de scientifiques et d'un photographe, le président de la société d'investissement et de conseil Sagax, est parti de Gunnbjornsfjeld, le plus haut sommet du Groenland, le 27 juin dernier. L'objectif ? Observer d'abord, informer surtout. Le Groenland est
le canari dans la mine de charbon, explique Luc Hardy. Ce qui arrive là-bas prélude de ce qui arrivera dans le reste du monde. Or, si l'on parle beaucoup de réchauffement climatique, la population passe peu à l'acte lorsqu'il s'agit de le limiter. Pourtant,
1 kg de CO2 dans l'atmosphère fait fondre 13 kg de banquise, souligne le chef d'expédition. Autrement dit, un plein d'essence fait disparaître 1,2 tonne de glace.
L'équipe de Luc Hardy a relevé plusieurs indices du phénomène. A Ittoqqortoormit, village groenlandais de 500 âmes, le navire apportant les denrées à l'épicerie locale vient deux semaines plus tôt qu'auparavant, car la mer de glace autour du village fond plus tôt depuis quelques années. A Mestervig, une base militaire à l'est du Groenland, l'armée danoise a réduit les patrouilles en traîneau à chiens, suite à la mort de deux militaires sous lesquels la glace avait cédé. Côté faune, les ours blancs se font plus rares. Le groupe de Luc Hardy en a vu plusieurs, mais aucun n'avait de petits. De même, les lemmings ainsi que les labbes à longues queues (oiseaux de la toundra arctique) se font désirer.
Pour la population groenlandaise, ces changements pourraient augurer d'une nouvelle ère plus heureuse. Ferdinand Egede, petit-fils de chasseur, fils d'éleveur, a pu devenir cultivateur de pommes de terre grâce à l'adoucissement du climat. Pour les pays situés dans des zones où les températures sont plus clémentes, en revanche, le réchauffement climatique aura probablement des conséquences autrement plus dramatiques. Lorsque l'on observera la
mer libre du pôle, les Pays Bas, le Bangladesh ou encore Manhattan, à New York, seront sans doute sous l'eau.