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Difficile d'imaginer comment un tel désert a pu devenir la capitale européenne de l'agriculture hors-sol.
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Comment le potager de l'Europe a poussé sur le désert andalou [Fr]

Gaëlle Dupont
Le Monde (France)

Le 25-06-2007 (Publié sur internet le 26-06-2007)
1009 mots


Dans la province espagnole d'Almeria, entre la côte andalouse et les contreforts des montagnes, la terre semble recouverte d'un immense drap gris argent. Ici s'étend le potager de l'Europe. Les tomates, concombres, haricots verts, courgettes, poivrons, melons et pastèques vendus dans tous les supermarchés du continent mûrissent sous une mer de plastique qui a remplacé le paysage naturel de lande rousse et rocailleuse.

Difficile d'imaginer comment un tel désert a pu devenir la capitale européenne de l'agriculture hors-sol. Un des ingrédients de cette réussite économique est l'ensoleillement exceptionnel. L'autre est un invisible trésor : l'eau souterraine. On raconte que les premières serres sont nées par hasard, alors que des paysans locaux cherchaient à protéger leur production du vent, dans les années 1960. L'expansion a été fulgurante dans les deux décennies suivantes, grâce à une multiplication des forages.

Aujourd'hui, 27.000 hectares sont consacrés à la culture de fruits, de légumes et de fleurs irriguées. Ces produits étant composés à 80 % d'eau, la région vit en fait d'une forme d'exportation de ses ressources naturelles - les économistes de l'environnement parlent d'exportations d'eau virtuelle.


La province d'Almeria, désertique en 1974 (à gauche)
est, depuis, comme couverte d'une mosaïque plastique (à droite, en 2004)


L'activité agricole occupe près de la moitié de la population et consomme 80 % de l'eau. Avant les serres, cette région était la plus pauvre d'Espagne, explique David Uclés, économiste à la chambre de commerce d'Almeria. L'agriculture l'a sortie de la misère. Aire d'émigration jusque dans les années 1980, elle attire aujourd'hui des ouvriers étrangers. Contrairement à d'autres régions en Espagne, les revenus du développement agricole ont été distribués assez équitablement dans toute la population. Mais la province est aujourd'hui en train d'anéantir ce qui a fait sa richesse, l'eau.

Il ne pleut quasiment pas ici, seulement autour de 200 millimètres par an, explique Abel La Calle, professeur de droit de l'environnement à l'université d'Almeria. Les prélèvements dans les nappes sont trop élevés, elles n'ont pas le temps de se reconstituer, on prélève donc de l'eau fossile. La qualité aussi pose problème. L'eau de mer a pénétré dans les couches superficielles. Les nappes sont en outre polluées par les fertilisants et les pesticides. Il faut donc creuser plus profondément. Les premiers puits descendaient à 30 mètres sous terre. Les nouveaux forages puisent à 600 ou 700 mètres.

Personne ne sait combien de temps cela durera. L'aquifère est très complexe, il est composé de couches superposées, explique M. La Calle. Les quantités prélevées sont en théorie limitées, mais il y a beaucoup de puits illégaux. Pour Julio Barea, responsable du programme eau douce de Greenpeace en Espagne, l'agriculture sous cette forme ne pourra pas survivre.

Les autorités se sont donc tournées vers une autre source d'approvisionnement : le dessalement. Quatre usines ont été construites. Mais le prix de l'eau grimpe à 90 centimes d'euro par mètre cube, au lieu des 24 centimes payés pour l'extraction d'eau souterraine. Cette dernière est donc mélangée à l'eau dessalée, pour faire baisser le prix et préserver la rentabilité des cultures. Le coût de l'eau dans la production d'une tomate représente moins de 5 %, très loin derrière la main-d'oeuvre, la logistique, et la commercialisation, précise M. Uclés.

Les économistes considèrent que les productions maraîchères et fruitières, dont le prix de vente est élevé, constituent une utilisation économique plus rationnelle de l'eau que l'irrigation de céréales ou de coton, vendus moins cher. Nous tirons beaucoup plus de valeur d'un litre d'eau employé dans l'agriculture que beaucoup d'autres régions, explique Lola Gomez, agricultrice à Almeria.

J'avais 3 ans quand mon père a construit sa première serre, raconte-t-elle. Mes parents étaient analphabètes, j'ai arrêté l'école à 12 ans. Mon histoire est celle de la plupart des gens d'ici. Aujourd'hui, elle est à l'affût des techniques les plus économes en eau, en engrais, en pesticides et même en terre. Sous ses serres, les ouvriers repiquent des concombres dans de la laine de roche, ce qui permet de recycler 20 % à 30 % d'eau. Elle compte passer bientôt aux fibres de coco, plus écologiques. Pour lutter contre les attaques d'insectes ravageurs, Lola Gomez utilise d'autres espèces d'insectes.

Difficile quand le voisin, lui, emploie des pesticides. Au printemps la moitié de mes insectes sont morts, regrette-t-elle. La jeune femme s'obstine pourtant, convaincue que la survie de l'agriculture à Almeria passe par cette voie. Aujourd'hui, quelque 5 000 hectares sont exploités suivant ces principes. Les gens pensent que c'est plus cher et plus difficile mais ce n'est pas vrai, c'est uniquement une question d'habitude, affirme la jeune femme. Mais chacun travaille sous sa serre, sans lever la tête, regrette-t-elle.

Aujourd'hui, l'époque de l'expansion agricole est terminée. Les nouvelles frontières de la culture maraîchère sont le Maroc, l'Amérique du Sud, la Turquie. Les surfaces agricoles commencent à reculer, sous la pression de l'autre grande menace pour l'eau d'Almeria : l'urbanisation. Les stations balnéaires de la côte, hérissées de grues, grandissent à un rythme frénétique. Les clients du nord de l'Europe peuvent y acheter un bien entre 100 000 euros pour un studio et 1 million pour une villa. Les petites annonces en anglais vantent le soleil, la vue sur la mer et... l'accès aux golfs. Dix ont été construits, et 25 sont en projet. C'est un grand problème pour l'avenir, s'inquiète M. Uclés. Mon seul espoir est que la demande ne suive pas, et que ces projets restent dans les cartons.
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Les commentaires...
Marie
05-07-2007
22:37:50

Notre société de production a produit en 1998 un documentaire de 52 minutes sur ''L'Eldorado de plastique'' réalisé par Philippe Baqué et Arlette Girardot...un film à voir
contact ADL : mfd@adequates.com
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