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L'association Minga défend l'idée que la question d’une régulation équitable des échanges économiques n’est pas nouvelle mais elle est bien aujourd’hui au cœur des débats pour un monde plus juste et plus sûr.
© Minga
Le mariage idéal [Fr]

Samy Archimède
Politis (France)

Le 01-05-2007 (Publié sur internet le 10-05-2007)
1284 mots


L'agriculture biologique et le commerce équitable relèvent d'une même démarche. Dans l'alimentaire comme dans le textile, des organismes tentent de développer des filières respectueuses de l'homme et de la nature.

Aujourd'hui, il n'y a pas d'équité dans les échanges internationaux. Dans le commerce équitable officiel, on en est toujours au commerce classique de matières premières entre le Nord et le Sud. Nous, nous sommes ailleurs. Ce que nous recherchons, c'est l'équité tout au long de la filière, et partout! Michel Besson, directeur de Minga, ne veut plus entendre parler de label ni ne certification. Ces cinq dernières années, l'association s'est consacrée à la mise au point d'un système de garantie participatif particulièrement abouti (voir article p. 29). Objectif principal : améliorer les pratiques des acteurs d'une filière donnée et inciter tous les citoyens à réfléchir à la société dans laquelle ils veulent vivre. En investissant le champ de l'éducation populaire, Minga veut aussi remettre les choses à l'endroit: développer la qualité des termes de l'échange plutôt que la quantité des produits échangés. Autrement dit, favoriser la démarche plutôt que l'obligation de résultat. Et la pétition Pour un commerce équitable partout ! Changeons la loi !, élaborée avec la Confédération paysanne et Breizh Ha Reizh, fédération bretonne des acteurs du commerce équitable, symbolise cette volonté d'élargir le débat. La décision prise par Nature et Progrès de s'associer à ce mouvement exprime l'évidente convergence de la bio et de l'équitable.

Pour nous, le bio équitable est un pléonasme, affirme Lionel Labit, animateur au service professionnel de cette association qui défend une autre agriculture biologique. L'idée paraît logique. Côté pile : mettre du bio dans l'équitable pour retrouver les vertus des circuits courts. Côté face : mettre de l'équitable dans le bio pour retrouver les fondamentaux d'une agriculture socialement et écologiquement responsable. Afin d'accorder ses actes avec sa philosophie, Nature et Progrès a développé, comme Minga, un système de garantie ouvert à tous les citoyens. Ce système s'appuie sur une charte détaillant avec précision les critères environnementaux, énergétiques et sociaux indissociables d'une véritable agriculture écologique et solidaire. La rencontre entre les deux associations ne doit donc rien au hasard. Quand l'une dénonce la vision réductrice des marchands d'équité, l'autre critique l'approche

étriquée de l'agriculture biologique. «Nous partageons les mêmes problématiques, lance Lionel Labit, avant d'ajouter : Le commerce équitable est devenu une niche commerciale dans un commerce inéquitable, tout comme l'agriculture biologique est devenue une niche écologique dans une agriculture polluante. Selon lui, la certification bio a un gros défaut : elle ne fait pas de distinction entre l'agriculteur écolo socialement responsable et celui qui, certes, n'utilise pas d'engrais chimiques de synthèse, mais exploite ses ouvriers.

Au tout début, la bio avait une visée sociale qui s'est détériorée au fur et à mesure de l'élaboration de référentiels, pour aboutir au règlement actuel, confirme Samantha Brei-tembruch, attachée de communication de Biocoop. Pour ce réseau militant récemment devenu actionnaire de Solidar'-Monde (1), la bio et le commerce équitable restent intimement liés. Ses magasins, qui ont commercialisé dès 2001 la première banane bio et équitable, totalisent aujourd'hui plus de 300 références de produits portant les deux mentions. Dans sa politique de référencement, Biocoop donne sa préférence aux produits qui répondent à cette double exigence écologique et sociale. En 2006, la part du commerce équitable dans ses recettes a atteint 11 %. Un chiffre dû essentiellement à la forte hausse en un an des ventes de produits venus du sud (+ 24 %), mais aussi à la progression des ventes d'aliments français frappés du logo Ensemble pour plus de sens (+ 12 %). Pour la coopérative militante, équité va de pair avec proximité. Afin de mieux soutenir les apiculteurs bios de notre pays, elle a ainsi décidé de ne pas distribuer de miel bio et équitable en provenance de l'étranger.

Si le double engagement bio et équitable implique des arbitrages parfois délicats, c'est aussi un chemin particulièrement exigeant. Dépasser les clivages des certifications existantes est une idée séduisante, mais difficile à imposer. L'expérience menée par l'association Bio Équitable en est la preuve. Créée en 2002 afin de redonner aux valeurs de l'agriculture biologique leur sens historique, elle a mis au point un référentiel contrôlé par Ecocert et une marque éponyme, aujourd'hui présente dans plusieurs réseaux spécialisés. Son cahier des charges rigoureux s'appuie sur les grands principes du commerce équitable définis par rÂfhor. Mais, en l'absence d'un budget de communication et de promotion digne de ce nom, la marque peine à se développer. Marjolaine Beillard, chargée de mission de l'association, déplore l'absence d'une réglementation et d'une volonté politique de reconnaître la diversité des acteurs concernés. Ce qu 'ilfaudrait, c'est une structure qui puisse communiquer de façon générique sur les valeurs et les principes du commerce équitable, comme il en existe aujourd'hui pour la bio. La démarche ambitieuse de Bio Équitable a aussi ses limites lorsqu'elle s'applique à des produits transformés : peut-on certifier bio équitable-filière blé des céréales élaborées à partir d'ingrédients dont plus de 50 % ne respectent pas le cahier des charges ?

On le voit, l'objectif 100 % bio équitable reste souvent un vœu pieux. Dans le secteur du textile, les acteurs de terrain le confirment... tout en restant optimistes. C'est une double contrainte, mais c'est tellement logique défaire les deux! Je pense que petit à petit les gens vont prendre conscience qu 'il s'a-git d'une paire indissociable, d'une même démarche, et qu 'Us finiront par le réclamer systématiquement. Cofondatrice de la marque Ideo(un million d'euros de chiffre d'affaires en 2006), dont les collections sont distribuées depuis 2002 dans des boutiques alternatives, Rachel Liu situe son action dans une démarche de progrès. «En ce qui concerne le coton, on s'est très vite rendu compte que faire de l'équitable sans faire du bio, c'était presque une aberration puisque le coton est la culture la plus polluante au monde! Le simple fait de pousser les producteurs à s'endetter pour acheter des pesticides et des insecticides était dès le départ inéquitable.

Comme Ideo, Azimuts Artisans du Népal utilise pour fabriquer ses vêtements un coton bio récolté en Inde et certifié par Skal, un organisme de contrôle néerlandais. Mais 30 % de sa collection n'est pas certifié. En effet, le coton bio doit être payé à l'avance et demande des investissements importants pour un vêtement mis en vente seulement neuf mois plus tard. C'est la partie non-bio qui nous permet de vivre, résume Valérie Delamerie. La gérante de la SARL Azimuts n'en perd pas pour autant sa fibre militante. La bio et l'équitable sont les deux pôles de la conscience dans le domaine de la consommation et du commerce: respecter la planète et respecter l'humain. H faut bien commencer par un des deux aspects, mais, s'ils ne se rejoignent pas au bout d'un certain temps, c'est qu'on est dans une dynamique de business, conclut-elle.

(1) Centrale d'achat de la fédération Artisans du monde.
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