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Les espaces où évoluent les entreprises sous-traitantes des grandes marques d'ordinateurs sont de véritables zones de non-droit
© Fair Computer
Vos ordinateurs puent la sueur [Fr]

Mario Togni
Info Sud (Suisse)

Le 28-02-2007 (Publié sur internet le 11-03-2007)
973 mots


Elles bossent pour rien et manipulent des produits toxiques. C'est la réalité des ouvrières asiatiques du village global électronique. Des marques réagissent.

Derrière les technologies de pointe se cache une réalité d'un autre siècle. Pain pour le prochain (PPP) et Action de carême (AdC) haussent le ton face aux géants de l'informatique. Après enquête dans trois pays asiatiques (Chine, Thaïlande, Philippines), les deux ONG suisses dénoncent: pour des milliers d'ouvrières et d'ouvriers de l'industrie électronique, l'absence de liberté syndicale, la manipulation de substances toxiques, les horaires extensibles au-delà du supportable et les salaires indignes sont davantage la norme que l'exception. Avec la campagne High Tech - No Rights?, lancée hier à Genève, PPP et AdC espèrent faire pression sur les principales marques d'ordinateurs vendues en Suisse (Hewlett Packard, Dell, Acer, Apple, Fujitsu Siemens). Et les conduire à adopter des codes de conduite stricts en matière de responsabilité sociale.

Pas une mince affaire

Très sensibles à leur image, certaines firmes ont déjà avancé dans ce sens ces dernières années. Pourtant, les interroger sur le sujet n'est pas une mince affaire car seuls des responsables de niveau européen sont habilités à répondre aux questions délicates. Si la plupart des entreprises contactées défendent les mesures déjà prises en la matière et assurent tout faire pour les appliquer, certaines reconnaissent néanmoins des difficultés dans leur mise en oeuvre.

Du côté des ONG, le ton est autrement plus alarmiste. D'après leur enquête, les espaces où évoluent les entreprises sous-traitantes des grandes marques d'ordinateurs sont de véritables zones de non-droit. Les employés, en grande partie des jeunes femmes célibataires (entre 16 et 30 ans) et d'origine rurale dans le cas de la Chine, évoluent dans des conditions de travail jugées d'un autre âge.

12 heures par jour

Chantal Peyer, responsable politique et développement à PPP, évoque le recours systématique aux heures supplémentaires: De deux à quatre par jour en moyenne, y compris le week-end en période de haute production. Il n'est pas rare que la journée de travail atteigne 12 heures, au mépris des législations nationales. Sous-payées et obligatoires, ajoute-t-elle, ces heures sup' viennent compléter des salaires minimaux qui sont globalement respectés dans les trois pays mais ne suffisent pas toujours pour vivre décemment.

Autre point noir: l'absence récurrente de liberté d'association. Quand ils ne sont pas réprimés, les syndicats sont simplement inexistants, poursuit Chantal Peyer. Sur les 27 usines étudiées, seules trois, toutes en Thaïlande, comptaient des associations de personnel.

Des progrès timides

Sous la pression de campagnes des consommateurs, les grandes marques d'ordinateurs ont commencé à réagir ces dernières années. En 2004, Dell et HP signaient le Code de conduite de l'industrie électronique (EICC), rejoints par Apple récemment. Pour la responsable de PPP, ce texte est un progrès mais il comporte des lacunes importantes, sur le fond, et surtout dans sa mise en oeuvre. Sur le terrain, peu de choses ont changé.

Lena Pripp-Kovac, chargée des questions sociales chez Dell Europe, reconnaît que l'application de l'EICC est complexe et prend du temps à couvrir toute la chaîne de production. Lors de la réactualisation annuelle du code, en avril prochain, elle assure que Dell proposera d'améliorer la partie du texte traitant des libertés syndicales, une des revendications des ONG. Sur la question des salaires par contre, autre point critique du document, Mme Pripp-Kovac souligne qu'il est très difficile d'évaluer un salaire décent, comme le demandent les ONG. Tout ce nous pouvons faire est nous référer au salaire minimum national.

Deux tables rondes sont organisées sur ce sujet: mercredi 7 mars à Genève (18h30), Institut universitaire d'études du développement, 20 rue de Rothschild; jeudi 8 mars à Lausanne (21h30), Espace culturel, 14 rue des Terreaux. Rens. www.fair-computer.ch.

Un écran et des enfants

Shenzhen City, sud de la Chine. Avec le boom des nouvelles technologies, la cité industrielle, autrefois village de pêcheurs, s'est transformée en un gigantesque atelier d'électronique. Comme dans la plupart des zones franches du pays, les ouvriersvivent des conditions de travail précaires. C'est le constat tiré par Jenny Chan, jeune coordinatrice de l'ONG chinoise SACOM (Etudiants et universitaires contre la mauvaise conduite des entreprises) et auteure d'une thèse sur le sujet. Elle était hier l'invitée des OEuvres d'entraide suisses pour leur campagne High Tech - No Rights?

Parmi les usines visitées à Shenzhen, celle de Yonghong Electronics (1500 personnes) est particulièrement critiquée. Notamment pour avoir engagé plus de 200 enfants de moins de 16 ans, la plupart venant des campagnes. L'usine, qui considère cette main-d'oeuvre comme étant non qualifiée, exige d'eux qu'ils travaillent une heure trente de plus par jour, non payée, pour compenser une productivité plus faible que la normale, relève-t-elle.

Présentée à l'entreprise par son professeur, Xiaohong (nom d'emprunt) avait 15 ans lorsqu'elle a été engagée par Yonghong. Au début de septembre 2006, raconte Jenny Chan, elle présenta sa démission. Mais sa démission ne fut acceptée ni par la direction de l'usine, ni par l'enseignant qui l'avait fait entrer, en contradiction totale avec la loi du travail chinoise et des codes de conduite des entreprises.

Mario Togni
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Les commentaires...
Sylvain
16-03-2007
15:12:10

Ne pourrions-nous pas nous même mettre la pression sur nos grandes enseignes (conforama,but,darty,etc etc) : au final ce sont bien elles qui proposent ces produits !

En leurs faisant ouvrir les yeux sur le problemes peut-être nous suivront-elles ? Elles disposent d'ors et deja d'une certaine notoriété sur le marché. Et aucune aide n'est négligeable dans ce combat.

Cela parait sans doute utopiste, mais je suis persuadé qu'il suffit de réveiller les bonnes personnes !

Je vous salue et vous remercie pour ce que vous faites.
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