Untitled Document
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté mercredi soir à Mexico contre la hausse du prix des tortillas, galettes de maïs qui constituent la base de la nourriture locale
© Reuters
La tortilla victime du boom de l’éthanol [Fr]

Prasenjit Bhattacharya, Tom Barkley & Ken Parks
The Wall Street Journal (Etats-Unis)

Le 01-02-2007 (Publié sur internet le 07-02-2007)
836 mots


Aux Etats-Unis, le maïs est de plus en plus utilisé pour fabriquer du biocarburant. Résultat, les cours augmentent. Une catastrophe pour les pays, comme le Mexique, où le maïs est un aliment de base.

[Traduction : Courrier International]

Le succès croissant de l’éthanol aux Etats-Unis va vraisemblablement réduire la quantité de maïs disponible pour la consommation humaine et l’alimentation du bétail ou des volailles, et pousser les prix de cette céréale vers des niveaux sans précédent d’ici deux à trois ans. Dans ces conditions, certains craignent que le maïs ne devienne inabordable pour les consommateurs pauvres, tout en tirant vers le haut l’ensemble des prix de l’alimentation.

Au Mexique, l’augmentation des prix de ce produit est devenue un sujet politique brûlant, car il entre dans la fabrication des tortillas, l’aliment de base de la population. Selon la Banque centrale, le prix des tortillas a progressé de 14% l’année dernière. Des législateurs réclament l’instauration d’un contrôle des prix, tandis que le nouveau ministre de l’Economie, Eduardo Sojo, veut encourager les agriculteurs à augmenter leur production. Il a récemment attribué le renchérissement du maïs au détournement de la production américaine vers la fabrication d’éthanol.

L’envolée des prix des denrées alimentaires risque de provoquer des émeutes urbaines dans de nombreux pays à faibles revenus qui dépendent des importations de céréales, comme l’Indonésie, l’Egypte, l’Algérie, le Nigeria et le Mexique, prévient Lester Brown, fondateur de l’Earth Policy Institute et auteur d’un rapport récemment publié sur la demande potentielle pour le maïs de la part de l’industrie de l’éthanol. Selon ce rapport, les distilleries d’éthanol en construction aux Etats-Unis auront besoin de 139 millions de tonnes de maïs d’ici à la récolte de 2008, soit bien plus que les estimations du ministère de l’Agriculture américain, qui sont d’environ 60 millions de tonnes. Si l’estimation de l’Earth Policy Institute se vérifie, la concurrence naissante entre les voitures et les hommes poussera probablement les prix des céréales vers des sommets encore jamais atteints, affirme Lester Brown.

Premier producteur mondial de maïs, les Etats-Unis en sont également le premier exportateur. Depuis que, en 2006, la Chine a réduit ses exportations pour satisfaire les besoins de sa propre industrie de l’éthanol et pour prévenir toute pénurie, les pays importateurs sont devenus plus dépendants des exportations américaines. D’après un rapport publié récemment par JP Morgan, les prix moyens du maïs devraient faire un bond de 61% en 2007.

Si l’on en croit ce rapport, la croissance de la filière éthanol nécessite 12,5 milliards à 25 milliards de tonnes supplémentaires de maïs chaque année. A elle seule, une hausse aussi rapide de la demande suffira à maintenir les cours à des niveaux élevés. Autant dire que le moindre aléa climatique risquerait donc de porter les prix à des niveaux record. La Chine prend déjà des mesures pour assurer son propre approvisionnement intérieur. En décembre, Pékin a gelé la construction de nouvelles usines d’éthanol à base de maïs.

Transformer la biomasse en biocarburant viable

Pour Arthur Ragauskas, maître de conférences à l’Institut de technologie de Géorgie, qui a récemment cosigné un article sur les biocarburants dans le journal Science, une filière des biocarburants durable doit forcément s’appuyer sur une matière première meilleur marché et un maïs peu coûteux. Le débat opposant la nourriture au carburant, commente-t-il, peut devenir productif si les universités, les autorités et le secteur privé renforcent leur collaboration en vue de transformer la biomasse non alimentaire comme le panic érigé (switch grass, une herbe naturelle à croissance rapide des Grandes Plaines), les déchets recyclés et les résidus de maïs (feuilles et tiges séchées) en biocarburants viables.

De son côté, le lobby des producteurs de maïs aux Etats-Unis affirme que sur le long terme il y aura toujours assez de céréales pour répondre aux besoins. Les agriculteurs ont toujours su réagir aux signaux envoyés par le marché en matière de prix. Nous avons toujours rencontré davantage de problèmes de surproduction que de pénurie, assure Rick Tolman, président de l’Association nationale des producteurs de maïs. Il n’y a pas de conflit entre les deux [utilisations du maïs, pour l’alimentation et pour le carburant], ni de crise en vue.
Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e.
Elles ne reflètent pas nécessairement les vues de Planète Urgence.
Vous aussi, réagissez à cet article!*
Pseudo
E-mail (1)
Titre (2)
Texte (3)
Suite à la multiplication des commentaires automatiquement envoyés par des robots, nous vous remercions de bien vouloir retaper le nombre ci-dessous avant de confirmer l'envoi de votre réaction à l'article.
* Les modérateurs de Planète Urgence se reservent le droit, a priori et a posteriori, de publier ou de rejeter tout ou partie de votre réaction.
1. Votre adresse e-mail ne sera pas diffusée
2. 150 caractères maximum
3. 2.000 caractères maximum
Aussi, dans la rubrique "Economie"...
SoleRebels, pointure du commerce équitable éthiopien [Fr]
Libération (France) - 30-10-2009
''Ça n’a pas de prix, donc ce n’est pas reconnu'' [Fr]
Libération (France) - 23-10-2009
Comment l'industrie de la viande menace le monde [Fr]
Novethic (France) - 05-10-2009
G20 : un bonus pour les pauvres? [Fr]
Un Monde Libre (France) - 25-09-2009
Dette : les fonds vautours menacent l’Afrique [Fr]
Syfia International (France) - 04-09-2009
Les commentaires...
Univers12
07-03-2007
10:40:19
C'est parti, ou ça continue. En basant l'économie sur le très faible cout des transports on est en chemin pour transformer la planète entière (et pourquoi pas d'autres à côté) en matière énergétique. La vraie correction serait de déspécialiser les zones de productions. Hélas, il ne semble pas que cela se passe suite à une prise de conscience, mais plutôt de manière violente, c'est à dire à la suite de désastres variés. Les industries ''de pointe'' qui prétendent nourrir les affamés mentent.

L'Homme n'est-il qu'une grosse bactérie transformatrice, comme celles qui sont en action dans l'intestin ?
Infos de la Planète - Abonnez-vous & invitez vos ami-e-s
Flux
AddInto
Rechercher un article
Faites un don...
Je donne :
15€
30€
50€
100€
Montant libre :
Votre don ne vous coûte réellement que après réduction fiscale
(66% à hauteur de 20% du revenu imposable)
20 eco-gestes pour les citoyens
Les différents eco labels : lequel choisir pour être sûr d’acheter vert ?
Mémoires de la Planète
Ressources
Dossiers thématiques
15 derniers articles
publicités
| Mentions légales | Recommander ce site | Ajouter à mes favoris | FAQ Missions | Nous contacter | Recrutement |
© Planète Urgence 2000-2010