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Maison ''Thai Hale'' en Bambou
© Bomboo-Technologies
Une révolution verte dans le bâtiment : le bambou [Fr]

Paul Miles
Financial Times (Royaume-Uni)

Le 06-01-2007 (Publié sur internet le 18-01-2007)
1678 mots


Résistante, économique et écologique, la plante est remise au goût du jour par des architectes du monde entier. Du simple pavillon au stade de sport, les applications sont surprenantes.

[Traduction : Courrier International]

Si je vous dis qu’il existe un matériau de construction cinquante fois plus costaud que le chêne mais plus léger que l’acier ou le béton, flexible, esthétique et écologique, vous allez penser que c’est trop beau pour être vrai. Et si, en plus, je vous dis qu’on peut en faire non seulement des ponts et des cathédrales mais également des planchers, des murs, des vêtements, du papier, du vinaigre et des cosmétiques et alimenter aussi bien l’homme que l’animal, vous allez me dire que je prends mes désirs pour des réalités. Pourtant ce matériau existe, il s’agit du bambou.

Dans le monde entier, des architectes, des décorateurs, des ONG et des défenseurs de l’environnement ne jurent plus que par cette plante à tige creuse. Des bambous géants, qui poussent de plus d’un mètre par jour et peuvent atteindre plus de 30 mètres de haut et 25 centimètres de diamètre, sont actuellement cultivés pour les nouveaux besoins du secteur du bâtiment.

En Colombie, pays à l’avant-garde de l’architecture moderne en bambou, de grands talents tels qu’Oscar Hidalgo López, Marcelo Villegas et Simón Vélez réalisent de somptueuses maisons et des bâtiments publics en bambou. Aux Etats-Unis, l’architecte californien Barrel DeBoer, spécialiste de la construction à partir de matériaux écologiques, s’en est servi pour édifier des bâtiments universitaires et a écrit un manuel sur son utilisation.

L’entreprise Bamboo-Technologies, implantée à Hawaii, a obtenu une certification du gouvernement américain pour une certaine espèce de bambou de construction [Bambusa stenostachya], avec lequel elle a bâti plus de 50 maisons dans tout l’archipel et en Californie. Elle espère en construire cette année aux Etats-Unis et en Europe, et le dernier concours qu’elle a lancé a attiré plus de 300 candidats de 63 pays.

Des structures qui résistent bien aux séismes

Barrel DeBoer vante la robustesse, la longévité et la beauté de ce matériau, des qualités qui l’ont propulsé au rang de nouveau chouchou des architectes d’intérieur. On peut le transformer en planchers et en cloisons, en placards de cuisine et en meubles, le tout dans une grande variété de couleurs naturelles. L’entreprise londonienne Urbane Living est l’un des six fournisseurs britanniques de sols en bambou. Elle affirme en vendre énormément : C’est un produit d’un rapport qualité-prix exceptionnel, aussi solide que le chêne mais d’un coût très inférieur, précise son PDG, Adam Robertson. Le premier prix pour un parquet en bambou est en effet de 16,49 livres [25 euros] le mètre carré, contre environ 40 livres pour du bois provenant de forêts en gestion durable.

A Bali, on surnomme Linda Garland la reine du bambou. Avec les 200 espèces de bambou (on en dénombre 1 500) qui poussent dans sa propriété, près d’Ubud, elle fabrique des meubles : lits, canapés, fauteuils, etc. Ses créations ont été achetées entre autres par David Bowie et Richard Branson, et elle dirige actuellement la construction, dans l’est de Bali, d’une énorme résidence secondaire pour le réalisateur Rob Cohen, avec des murs et un toit en bambou noir.

Linda Garland préconise également l’utilisation de ce matériau pour reconstruire les logements sociaux à la suite de catastrophes naturelles, les bâtiments en bambou se comportant beaucoup mieux que d’autres structures lors des ouragans et des tremblements de terre : des tests réalisés en 2004 par la Timber Research and Development Association, une organisation britannique, ont montré qu’ils résistaient à des séismes d’une magnitude de 5 sur l’échelle de Richter.

Linda Garland insiste sur l’aspect écologique de ce matériau. Le rendement d’une bambouseraie est jusqu’à 25 fois supérieur à celui d’une forêt. On peut obtenir entre 22 et 44 tonnes de bambou par hectare et par an, et la récolte peut avoir lieu entre trois et cinq ans après la plantation. Le bambou étant une graminée, c’est-à-dire de la même famille que les herbes, de nouvelles pousses apparaissent simplement lorsqu’il a été coupé, et il n’est donc pas nécessaire de replanter. Les bambous empêchent l’érosion du sol, capturent au moins quatre fois plus de CO2 qu’une forêt de jeunes arbres et produisent 35 % d’oxygène en plus.

Si le bambou sert d’abri à l’homme depuis des milliers d’années, il a été remis au goût du jour en 2000, lorsque Simón Vélez a construit un pavillon de 1 830 m2 avec 4 000 bambous géants pour l’Exposition de Hanovre. Le projet lui avait été confié par l’ONG Zero Emissions Research and Initiatives (ZERI), un réseau mondial qui s’est donné pour but de construire une société sans déchets. Le bambou utilisé pour le pavillon était assez résistant pour satisfaire les exigences des réglementations européennes, strictes en matière de construction. Un poids de 10 tonnes placé au bord de l’avant-toit, large de 7,5 m, a provoqué un enfoncement de seulement 5 centimètres, qui s’est pratiquement résorbé lorsque la charge a été enlevée.

Cette graminée va être de plus en plus cultivée

Pour Barrel DeBoer, l’architecture en bambou a été révolutionnée par le recours au mortier et aux boulons pour l’assemblage, une technique mise au point par Simón Vélez il y a vingt ans. Dans les constructions traditionnelles, comme celles du Pacifique Sud, les tiges de bambou sont attachées les unes aux autres avec des lianes ou d’autres fibres naturelles, un lien qui se fragilise au fil du temps sous l’action des intempéries. La méthode de Vélez consiste à remplir avec du mortier une partie des tiges, entre deux nœuds, puis à les fixer entre elles avec des boulons. On peut ainsi regrouper plusieurs tiges pour former des colonnes dignes d’une cathédrale ou des travées de plus de 50 mètres de long. Le dernier projet de Vélez est une résidence écologique de 130 chambres en Chine, mais il a déjà construit des structures autrement plus musclées en Colombie, dont des ponts sur des gorges, d’énormes toits d’usines, des stades et des marchés couverts.

Les forêts continuant à être surexploitées, la culture du bambou va immanquablement devenir de plus en plus importante. C’est une plante qui peut servir à énormément de choses, déclare Francesca Ambrosini, représentante en Europe de l’International Network for Bamboo and Rattan (INBAR) [Réseau international pour le bambou et le rotin], une ONG financée par les Nations unies et l’Union européenne.

Cette association fait la promotion de produits tels que le papier, les textiles (dont un tissu extrêmement doux, absorbant et antibactérien) et les cosmétiques fabriqués à partir du bambou grâce à des techniques développées ces dernières années. Sa prochaine grande cible est le secteur de la construction, dans lequel l’Europe a du retard.

A partir de modèles réalisés par Vélez pour le Vitra Design Museum, en Allemagne, l’INBAR travaille à la conception de maisons modulables grâce à des cloisons en bambou, adaptées aux climats européens et qui devraient coûter 70 livres [106 euros] le mètre carré. Les premières devraient être terminées d’ici à la fin 2007. L’utilisation du bambou bénéficie directement aux populations des pays pauvres ou en voie de développement où il pousse, commente Shyam Paudel, de l’INBAR.

Mais tout n’est pas rose au pays du bambou. Certaines espèces peuvent devenir incontrôlables et coloniser rapidement de grandes étendues. La plante est également sujette aux attaques du lyctus, un insecte xylophage, bien que les produits finis soient généralement prétraités. Par ailleurs la transformation du bambou en lames n’est pas sans conséquences environnementales, en particulier s’il est blanchi. Plus inquiétant encore, il n’existe à l’heure actuelle en Europe et aux Etats-Unis (sauf à Hawaii) aucune plantation commerciale de bambous de construction. La plus grande partie vient de Chine, d’Inde, du Vietnam et d’Amérique latine. D’après un rapport de la FAO [Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture], la Chine comptait en 2005 5,4 millions d’hectares de bambouseraies, soit 2,7 % de ses forêts.

Toutes les maisons vendues par Bamboo Technologies arrivent du Vietnam sous forme de kits à monter. La nécessité d’expédier le bambou et ses produits dérivés partout dans le monde en fait donc un matériau beaucoup moins respectueux de l’environnement qu’on ne pourrait le croire. Comme pour beaucoup de matériaux, le transport est un problème, confirme Sally Hall, de l’Association for Environment Conscious Building, une organisation britannique qui travaille à la mise au point d’un étalon or pour des maisons à presque zéro émissions. Mais pour les amoureux du bambou, ses avantages compensent largement ses défauts, et ils délivrent leur message avec une ferveur religieuse. C’est le cas de l’architecte Gale Goldberg. Mettez du bambou dans votre vie, exhorte-t-elle dans son livre, Bamboo Style [Gibbs Smith Publishers, non traduit].
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Les commentaires...
Noe
07-09-2008
14:27:22
Bobbymahieu
29-08-2008
14:30:23

Comment le bambou réagit-il dans nos climats européens (je suis en Belgique) ? Est-ce que cela ne noircit pas ? Et le gel ?
France
08-07-2008
19:31:29

Ou peut t'on trouver des renseignements sur les conditions de culture du bambou? Quelle est la règlementation qui concerne les entreprises de bambou?
Loranger
22-03-2008
15:26:21

Impressionnant ! Votre article est ''super motivant'' ! Pour des maisons en bambou en France, il y a une entreprise qui en vend, sur www.bambouhabitat.com.

Pas de risque de déforestation si un jour le bambou prend la place qu'il semble mériter ? Et que le papier, le textile, et une bonne partie du matériel de construction, soient produits en bambou ?

Bravo !
O'ror
15-01-2008
10:59:53

Je me pose quelques questions devant l'engouement que rencontre ce matériaux:
  1. Comment s'assurer que la transformation du bambou en tissu est réellement écologique... Je crois savoir qu'actuellement une seule entreprise au monde est capable de transformer le bambou en tissu de façon écologique...
  2. Une consommation en masse du bambou ne risque-t'elle pas d'entrainer les mêmes effets pervers que le palmier à l'huile qui aujourd'hui est à l'origine de déforestations massives et sauvages et de la perte d'une partie importante de la biodoversité mondiale?
Gabysand
27-12-2007
16:18:03

Je suis sur un projet économique/botanique à développement durable, je souhaite savoir si il est possible d'imaginer la culture de bambou à des fins économique et écologique sur le sud-ouest de la France. Je souhaite proposer un projet dans ce sens sur la région de Toulouse.

Je peux si il est convainquant avoir de large moyens communaux voire départementaux. Merci pour toute information.
Fareofe
08-03-2007
04:14:26

Votre article est un des plus intéressants que j'ai lu ces derniers temps.

Comme votre article le dit, je le répète : ''Le bambou est une plante très vivace. Il faut, en cas de plantation sur un nouvel emplacement, veiller à ce qu'il n'envahisse pas les terrains voisins.'' Ses racines s'étendent très vite, et de façon expotentielle, avec les risques que vous pouvez imaginer dans un pays comme la France.

Fareofe signifie maison de bambou en Tahitien.
Avecbrio
21-01-2007
13:24:47

Merci de vos analyses toujours pertinentes

J'aimerais connaître comment cultiver le bambou, où ? Je suppose qu'il faut des marécages?

L'eau saûmâtre convient-elle au bambou du bâtiment ? Sa culture et remplantation sont-ils éternels ? N'appauvrissent-ils pas les sols ? Peut-on aussi en tirer une énergie renouvelable en le cultivant et le brûlant après par exemple conditionnement en fagots ou granulés ou copeaux ? Quelle est son imputrescibilité ? pourrait-il assainir des chaussées boueuses ?
Pascal
20-01-2007
07:06:07

Bravo et merci car comme j'ai l'intention de me faire construire une maison écologique vous venez de me faire découvrir le matériau idéal que je cherchais !
Ervalena
19-01-2007
10:48:48

Bravo! L'été dernier, j'avais déjà eu un aperçu des qualités et de la beauté du bambou lors de la viste de la Bambouseraie de Prafrance près d'Uzès dans le Gard... C'était encore plus beau que dans mon imagination!


Et surtout j'ai pu aussi découvrir que le bambou servait à un tas de choses! Je me suis d'ailleurs acheté un chapeau de soleil en bambou qui a l'apparence du tissu et de la paille réunis, mais est plus souple et plus résistant. J'ai regretté que la vaisselle en bambou soit un peu chère (fabriquée au Viet-Nam) mais de toute beauté. J'ai bien sûr pu apprécier la diversité des constructions montrées en exemple (reproduction d'habitats et boutiques artisanales du Laos grandeur nature... le tout au milieu d'une végétation apaisante et graphique à la fois...

Le bambou c'est magnifique! C'est à la fois moderne et traditionnel et très prometteur en matière d'économie durable... J'aimerais bien qu'on étudie la possibilité d'en faire des logements sociaux en France. L'inconvénient c'est le transport car cela engendre de la pollution. Etant donné le changement climatique qui s'annonce, ne pourrait-on pas envisager une culture plus intensive de variétés destinées au bâtiment qui serait pratiquée dans des friches possédent suffisamment d'eau pour irriguer les plantations?
Michel
19-01-2007
10:00:17

Enfin quelqu'un qui se donne la peine d'expliquer aux autres les avantages de ce fabuleux matériau qu'est le bambou... il suffit de voir ce que les asiatiques en font pour comprendre qu'il y a un potentiel énorme chez nous... En ce qui me concerne j'ai planté, il y a 5 ans, plus de 300 pieds dans ma propriété...

C'est une merveille en termes de ce que l'on voit et de ce que l'on récolte.

Bravo Monsieur pour cet article superbe.
François
19-01-2007
07:46:06

Exellent article et belle analyse, il était temps que les néophytes puissent apprendre et se rendre compte de l'importance d'une telle plante.
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